Romandie.com
 
Créer un blog | Noter ce blog | Signaler un abus
 
| Autre blog ? >>  

Critiques de films

Mères et filles*

Un film plein de surprises et de rebondissements. Les acteurs sont parfaits. Le scénario est très réussi et c'est bien filmé.
 
scénario: 17/20      acteurs: 17/20     technique: 17/20    note finale: 17/20 

Trois femmes, trois générations.
Dans les années 50, Louise a quitté le domicile conjugal alors que ses enfants étaient encore jeunes. Elle n'a plus donné signe de vie. Sa fille Martine est restée dans la petite ville de bord de mer où elle est devenue médecin.
Aujourd'hui Audrey, la fille de Martine, la trentaine indépendante, revient rendre visite à ses parents. Elle va trouver par hasard un cahier ayant appartenu à sa grand-mère, un journal qui pourrait enfin expliquer son départ.
Éclaircira-t-il les non-dits qui altèrent depuis toujours les relations au sein de la famille ?
Audrey y trouvera-t-elle les réponses aux questions qu'elle se pose sur son propre avenir ?
 
Julie LOPES-CURVAL - France 2009 1h45mn - avec Catherine Deneuve, Marina Hands, Marie-José Croze, Michel Duchaussoy, Jean-Philippe Ecoffey... Scénario de Julie Lopes-Curval et Sophie Hiet
 
Elle a la trentaine superbe (Marina Hands, Lady Chatterley herself, excusez du peu) et déboule pour voir ses parents dans leur maison au bord de l'océan. Entre sa mère, Martine, et elle, les sentiments sont électriques et les non-dits encombrants. Le père, en retrait, aimant, fait le conciliant, arrondit les angles mais si Audrey déboule aujourd'hui, c'est bien parce qu'il y a quelque chose qui l'empêche d'avancer dans ce moment crucial de sa vie, un malaise qu'elle trimballe depuis toujours : pourquoi sa mère, qui pourtant l'aime, a-t-elle toujours eu cette brutalité dans ses rapports avec la terre entière et en particulier avec elle ? Quelle douleur enfouie cache-t-elle ? Pourquoi ne lui dit-on rien de sa grand-mère disparue du jour au lendemain, le comportement de sa mère a-t-elle un lien avec cette disparition ?
 
Louise, la grand mère, était une belle femme et, dans les années cinquante, avait épousé un gentil garçon comme on dit, couturier de province mais de talent qui avait pignon sur rue et lui confectionnait tous les plus beaux modèles dont n'importe quelle parisienne de l'époque rêvait. Elle avait deux beaux enfants qu'elle chérissait, la mère d'Audrey et son frère toujours présent… Louise avait poussé Martine à l'excellence, lui répétant sans cesse qu'il lui fallait réussir dans ses études, obsédée par l'idée que sa fille gagnerait ainsi l'indépendance qui lui était refusée… Et après qu'elle eut disparu sans laisser l'ombre d'une lettre, Martine avait tout fait pour répondre au souhait de sa mère adorée jusqu'à s'installer toubib à deux rues de la maison de son père. La disparition de Louise avait empoisonné leurs vies de doutes et si le mari avait mis un point final à son histoire en leur disant qu'elle était partie en lui piquant ses sous, la douleur et le doute n'avaient cessé de continuer leur travail de sape.
En s'installant dans la maison vide de son grand-père, Audrey va fureter un peu partout, reniflant les secrets de famille enfouis, et finira par tomber sur un petit carnet où Louise notait ses meilleures recettes de cuisine et ajoutait parfois le trop plein de ses états d'âme…

En plongeant dans l'histoire de Louise, c'est l'histoire de toutes les femmes qui va remonter à la surface et Audrey découvrira, bien caché dans son inconscient douloureux entre les frustrations et douleurs transmises de mère en fille, le poids de cette dépendance qui faisait qu'une femme ne pouvait décider de sa propre vie. Louise avait tout ce dont une femme pouvait rêver, mais pas le droit au rêve, ni celui de sortir, ni de travailler ni d'avoir un compte en banque sans l'accord de l'époux et elle qui rêvait de faire de la photo était très vite devenue suspecte à la clientèle féminine de la boutique de sur mesure où défilaient toutes les commères de la ville. En ce temps là, les « qu'en dira-t-on » pesaient lourd sur la vie d'une femme…
C'était il n'y pas si longtemps, trois toutes petites générations à peine et le film rappelle par une foultitude de détails comment les femmes se transmettaient de mères en filles cette culture de l'étouffement. Il aura fallu attendre les années 70 pour que les femmes puissent ouvrir un compte en banque sans en référer à personne, songer au divorce… « Oui papa, oui patron, oui chéri… Y en a marre ! » chantaient les filles dans les manifs de 68.
Dans cette histoire particulière où Catherine Deneuve et Marina Hands font merveille, on réalise le chemin parcouru… et celui qu'il reste à faire, parce que si la condition des femmes a radicalement évolué, le machisme est loin d'être mort et semble même reprendre du poil de la bête, parfois avec la complicité des femmes elles-mêmes…

Sur ce sujet, de la lutte qui doit continuer et du réveil machiste, nous vous montrerons bientôt un formidable documentaire : La Domination masculine, réalisé par le belge Patric Jean. À suivre…

Commentaires


Votre commentaires :

Votre commentaire s'affichera après validation du titulaire du blog