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Critiques de films

The informant*

Je déteste les films à l'image dégueulasse, jaunasse. Et ce film a l'image jaunasse et dégueulasse. Les acteurs sont mauvais, le scénario est pathétique et c'est mal filmé. J'ai détesté cette merde. Et il est temps que MattDamon apprenne à jouer... Cotisons-nous pour lui payer des cours ....

scénario: 3/20           acteurs: 2/20       technique: 3/20   note finale: 2/20

 

 Quelle mouche a donc piqué Mark Whitacre ? Pourquoi un des cadres supérieurs les plus brillants du géant agroalimentaire Archer Daniel Midlands (ADM) décide-t-il soudain de dénoncer les pratiques de sa société et de devenir le chevalier blanc du consommateur ? Se prend-il pour un justicier ? Un héros ? Espère-t-il une médaille ou la reconnaissance éternelle du bon peuple ?
Avant d'obtenir tout cela, Whitacre va devoir fournir au FBI des preuves concrètes des manoeuvres illicites d'ADM. Porter un micro, jouer les agents secrets... L'ennui, c'est qu'il a
tiré lui-même des profits non négligeables des dites manoeuvres, et que son témoignage, pour le moins... fluctuant, risque fort de compromettre le travail des enquêteurs. Peut-on se fier à cet homme à l'imagination galopante? Y a-t-il la moindre parcelle de vérité dans ses allégations ?

Steven SODERBERGH - USA 2009 1h47mn VOSTF - avec Matt Damon, Scott Bakula, Joel McHale, Melanie Lynskey... Scénario de Scott Z. Burns, d’après le livre de Kurt Eichenwald.

Une histoire vraie. Des multinationales qui conspirent dans le dos des consommateurs américains quand elles ne sont pas occupées à s’espionner ou à se saboter mutuellement. Des marchés truqués, des ententes illégales, des coups tordus dans une partie d’échec à l’échelle mondiale. Et puis, caché dans les tréfonds de cette mécanique bien huilée, un rouage qui ne veut plus tourner. Un homme seul qui a décidé de parler, et qui va se retrouver piégé dans un double jeu infernal, entre FBI qui en veut toujours plus et chasse à la taupe au sein de la World Company, au risque d’y perdre sa santé, son job, son épouse, sa vie.
On pourrait craindre le énième film-dossier à l’américaine, trop bien ficelé, avec rebondissements calibrés et valeureux héros seul contre tous… Sauf que ce n’est pas ça du tout ! D’abord on n’est pas dans le registre du thriller économique mais dans celui de la comédie burlesque et corrosive ; ensuite c’est Matt Damon qui prête son charisme de chicon braisé au héros, un Damon grassouillet affublé d’un postiche grotesque, d’une moustache du même tonneau, et de costumes que n’aurait pas reniés Donald Cardwell ; en plus c’est Steven Sorderbergh qui est à la barre, Sorderbergh l’immortel auteur de Schizopolis ! Allez, je sens que j’ai retenu votre attention ! Reprenons.

Mark Withacre est cadre supérieur dans la société ADM, une entreprise agroalimentaire d’envergure internationale. Ingénieur chimiste de formation, il est chargé de régler les problèmes de production d’une certaine enzyme quand on découvre qu’un mystérieux saboteur espionne pour le compte de la concurrence. Sommé par sa direction de communiquer sa découverte au FBI, Whitacre va franchir le Rubicon en révélant aux autorités les secrets peu glorieux du petit cercle des géants de l’agrochimie. Convaincus du potentiel de leur poulain, ses deux agents traitants l’encouragent à toujours plus d’audace. Mark ne se fait pas prier et alimente la photocopieuse jusqu’au jour où, inexplicablement, la source se tarit. Pourquoi ? Peut-être que Mark le docile, Mark « l’orphelin adopté par un riche bienfaiteur qui l’a envoyé dans les meilleurs écoles », Mark l’incarnation de la méritocratie à l’américaine, cet honnête homme a d’autres projets en tête que ceux du département de la justice, des projets bien à lui…
A partir de là, et selon les règles d’une mécanique comique aussi implacable que faussement nonchalante, s’enchaînent les coups de théâtre sous les regards médusés des deux policiers et ceux - hilares et incrédules - du spectateur, chaque révélation se concluant par la même réplique déclamée la main sur le cœur par un Matt Damon angélique : « cette fois, je vous ai tout dit », véritable running-gag annonçant immanquablement de nouveaux aveux, les plus rocambolesques étant moins ceux du monde de l’entreprise que ceux dévoilant comme autant de lapsus ce qui se cache dans sa tête.

Dissimulateur pathologique déconcertant de naïveté et de roublardise, oxymore ambulant, la double nature de Mark Whitacre explose avec d’autant plus de force que Soderbergh, en grand formaliste qu’il est, a opté d’une part pour une charte graphique en totale adéquation avec son milieu : plans moyens, décors mornes, costumes et décorations d’une laideur à hurler, et ajouté en contrepoint les monologues intérieurs de Mark, mélange de lieux communs atterrants de médiocrité et de fulgurances oulipiennes désarçonnantes ; de cette tension entre la platitude visuelle et la tempête mentale, naissent le comique de la situation et la tragédie du personnage, un homme désespérément avide de conformisme et ontologiquement incapable de se plier au principe de réalité.
C’est à l’accouchement drôlatique (pour nous) et douloureux (pour lui) de la vérité que nous convie Mark Whitacre : une maïeutique de la moumoute en quelque sorte.


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